Publié en 1938, sixième roman d’Elizabeth Bowen, Les Cœurs détruits demeure le plus connu de son auteur. À travers le portrait de Portia, orpheline de seize ans recueillie à contre-cœur à Londres par son demi-frère Thomas et sa belle-sœur Anna, la romancière trace un portrait poignant de l’amour adolescent et de la trahison de l’innocence. Perdue dans une demeure luxueuse mais vide d’émotions, la naïve Portia s’attache au protégé d’Anna, Eddie, un jeune séducteur insouciant. Tous les deux, dans ce monde policé des années 30, sont un peu des exclus, et leur rencontre ne peut que bouleverser une société prompte à dissimuler la cruauté des rapports humains derrière la rigidité des conventions.” (merci la Fnac)

Ces quelques phrases ont convaincu mon portefeuille et mon pauvre banquier au passage (la rentrée fut dure, merci les impôts) ! On la compare à Jane Austen ou Virginia Wolf, elle possède “une pénétrante intuition, une redoutable perspicacité, un curieux mélange de sympathie et d’ironie envers les petitesses humaines, un esprit caustique, un style incisif” (merci Wikipedia)…

Toutes ces critiques dithyrambiques me mirent en émoi. Je me lancai dans ma lecture et… Padapoum… Dégringolade. C’est plat. Lent. Creux. Vide. Très lent. C’est triste. Pathétique. Ces personnages sont malheureux. Coincés dans leur vie monotone, ils regardent la vie avec condescendance. Il n’y a pas d’amour, ni de bonheur dans leur vie : juste l’Ennui.

Certes, c’est bien écrit. On décortique les sentiments, les états d’âmes des personnages. A la loupe, sans concession. On y découvre des personnages creux et sans intérêt. Pour moi du moins.
Je n’ai pas cru à l’histoire d’amour. Pas une seconde.

J’ai abandonné ce livre. Mon ennui a été plus fort que mon envie de savoir le fin mot de l’histoire.

Une question me taraude : le talent d’Elisabeth est-il exceptionnel au point de réussir à contaminer ses lecteurs par l’Ennui qui se dégage de son livre ?

Est-ce cela le génie ?

Qu’on la compare à Jane Austen me fait mal au coeur !

Les Coeurs détruits – Elisabeth Bowen – 1938

Voici les 100 livres préférés des Français (tag repris chez “Près de la plume… au coin du feu“)… une petite excuse pour comparer ses lectures…

1 La Biblej’ai lu “La Bible racontée aux enfants” à 20 ans… et ça m’a suffit… je n’ai pas l’âme d’une croyante…
2 Les Misérables de Victor Hugonon, mais il faut que j’y remédie
3 Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéryce livre a bercé mon enfance (mes parents mettaient le livre audio en voiture quand on faisait de longs trajets – que de souvenirs)
4 Germinal d’Emile Zolanon !
5 Le Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkienyes !
6 Le rouge et le noir de Stendhaloh oui et j’avais adoré !
7 Le grand Meaulnes d’Alain-Fournieroh oui et je n’avais pas aimé !
8 Vingt mille lieues sous les mers de Jules Vernepremières insomnies de lecture vers 12 ans
9 Jamais sans ma fille de Betty Mahmoodynon
10 Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumasbien sûr !
11 La gloire de mon père de Marcel Pagnoloui !
12 Le journal d’Anne Frank d’Anne Frankoui, au collège…
13 La bicyclette bleue de Régine Deforgesnon et pas du tout envie
14 La nuit des temps de René Barjavelouiii ! coup de coeur !
15 Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen Mc Cullough - non
16 Dix petits nègres d’Agatha Christieyes !! comme beaucoup d’Agatha Christie !
17 Sans famille d’Hector Malotnon
18 Les albums de Tintin de Hergébien sûr !!!! Mais où est Astérix dans tout ça ???
19 Autant en emporte le vent de Margaret Mitchelloh que oui ! que de merveilleux souvenirs
20 L’assommoir d’Emile Zolanon… je sais pas pourquoi mais j’associe Zola à une lecture difficile, pourtant j’ai lu Nana et Thérèse Raquin, que j’ai adoré… mais j’ai ce préjugé bizarre qui reste malgré tout…
21 Jane Eyre de Charlotte Brontëoui et pas qu’une fois !!!
22 Dictionnaires Petit Robert, Larousseoui souvent, dans le métro, c’est très pratique
23 Au nom de tous les miens de Martin Grayne connais pas…
24 Le comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumasoui… Edmond Dantès… pfff quel homme…
25 La cité de la joie de Dominique Lapierrenon mais j’ai vu le film, est-ce que ça compte ?!
26 Le meilleur des mondes d’Aldous Huxleynon mais à découvrir !
27 La peste d’Albert Camusnon mais dans ma PAL !
28 Dune de Frank Herbertoh non… ça ne me dit rien du tout !
29 L’herbe bleue Anonyme - oui !! quand j’avais 15 ans et que je passais par ma phase “personne ne me comprend”
30 L’étranger d’Albert Camusdans ma PAL !!
31 L’écume des jours de Boris Vianoh oui, lu et relu, et adoré…
32 Paroles de Jacques Prévertquelques poèmes… mais à re-découvrir !
33 L’alchimiste de Paulo Coelhonon, j’ai lu d’autres de Paulo Coelho…
34 Les fables de Jean de La Fontaineoui au lycée comme beaucoup de personnes
35 Le parfum de Patrick Süskind - dévoré et adoré…
36 Les fleurs du mal de Charles Baudelaireétudié au lycée, livre de chevet, et un père qui aime réciter son poète préféré, dès que vient l’inspiration
37 Vipère au poing d’Hervé Bazinoui, il y a longtemps, je ne m’en souviens plus trop
38 Belle du seigneur d’Albert Cohenje n’ai même pas eu le courage de le finir… peut être l’ai-je lu trop jeune… à réessayer !
39 Le lion de Joseph Kesselouii !!
40 Huis clos de Jean-Paul Sartrenon et ça ne me tente pas tellement…
41 Candide de Voltaireoui, au lycée et j’avais beaucoup aimé…
42 Antigone de Jean Anouilhnon
43 Les lettres de mon moulin d’Alphonse Daudetoui
44 Premier de cordée de Roger Frison-Rochenon
45 Si c’est un homme de Primo Levinon plus (pourtant dans ma PAL, mais j’ai plutôt envie de littérature plus “légère)
46 Les malheurs de Sophie de la comtesse de Ségurincontournable lecture de jeunesse
47 Le tour du monde en 80 jours de Jules Verneoh oui, encore une insomnie adolescente
48 Les fourmis de Bernard Werberoui, les trois tomes, quand j’étais (plus) jeune… j’avais bien aimé…
49 La condition humaine d’André Malraux - non
50 Les Rougon-Macquart d’Emile Zolanon toujours pas de Zola
51 Les rois maudits de Maurice Druonoui, au moins les cinq premiers livres… mais je n’ai jamais réussi à finir la série
52 Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand - non, mais j’en ai très envie !
53 Les hauts de Hurlevent d’Emily Brontëoh oui !! Un de mes livres préférés !
54 Madame Bovary de Gustave Flaubertoui, un chef d’oeuvre !
55 Les raisins de la colère de John Steinbeckoui, in english please !
56 Le château de ma mère de Marcel Pagnoloui aussi.
57 Voyage au centre de la Terre de Jules Verne - oui !!! oh la la j’avais adoré !
58 La mère de Pearl Bucknon mais dans ma PAL
59 Le pull-over rouge de Gilles Perraultpas encore, mais c’est dans mes objectifs 2009
60 Mémoires de guerre de Charles de Gaulleeuh non… et puis ça ne dit pas non plus…
61 Des grives aux loups de Claude Micheletjamais entendu parler…
62 Le fléau de Stephen Kingnon, et ma période Stephen King est passée…
63 Nana d’Emile Zolaouiiiii enfin un Emile Zola que j’ai lu !!
64 Les petites filles modèles de la comtesse de Séguroui aussi livre de jeunesse
65 Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingwaynon
66 Cent ans de solitude de Gabriel García Márquezoui
67 Oscar et la dame rose d’Eric-Emmanuel Schmittnon
68 Robinson Crusoé de Daniel Defoenon plus
69 L’île mystérieuse de Jules Verneah je crois que non…
70 La chartreuse de Parme de Stendhalje crois que ce livre ne m’aime pas… je n’ai jamais pu passé les trois premières pages
71 1984 de George Orwelloui et beaucoup aimé
72 Croc-Blanc de Jack Londonoh oui ! j’avais adoré !
73 Regain de Jean Gionoaussi… et le Hussard sur le Toit aussi… j’adore !
74 Notre-Dame de Paris de Victor Hugooui, et un immense coup de coeur.. lu en 4ème si je me souviens bien.
75 Et si c’était vrai de Marc Levyoui… histoire originale, style moins, et écriture encore moins
76 Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Célinenon… et ce livre me fait peur…
77 Racines d’Alex Haleynon mais il faut que je lise
78 Le père Goriot d’Honoré de Balzacnon, à ma grande honte…
79 Au bonheur des dames d’Emile Zolaeh non !
80 La terre d’Emile Zolanon plus… il faut vraiment que je me mette à Zola
81 La nausée de Jean-Paul Sartre - non
82 Fondation d’Isaac Asimovne connais pas
83 Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingwayje crois que j’avais commencé, mais jamais fini
84 Louisiane de Maurice Denuzièrenon, ne connais pas
85 Bonjour tristesse de Françoise Saganouiiii !! sublime !
86 Le club des cinq d’Enid Blytonoui, quand j’étais petite, j’adooorais !! J’ai toujours révé d’avoir un chien qui s’appelle Dagobert !
87 Vent d’est, vent d’ouest de Pearl Buckdans ma PAL (je crois)
88 Le deuxième sexe de Simone de Beauvoirnon
89 Les cavaliers de Joseph Kesselnon plus
90 Jalna de Mazo de la Rochenon
91 J’irai cracher sur vos tombes de Boris Viandans ma PAL !
92 Bel-Ami de Guy de Maupassantoh oui, j’ai adoré ce livre, à la première comme à la seconde lecture !
93 Un sac de billes de Joseph Joffooui
94 Le pavillon des cancéreux d’Alexandre Soljenitsynenon
95 Le désert des Tartares de Dino Buzzatinon plus
96 Les enfants de la terre de Jean M. Aueloui… j’avais adoré le premier tome, je l’ai littéralement dévoré… mais j’étais été très décue de la suite…
97 La 25e heure de Virgil Gheorghiunon
98 La case de l’oncle Tom de H. Beecher-Stowe - je ne sais plus… mais je crois que oui !
99 Les Thibault de Roger Martin du Gardnon
100 Le silence de la mer de Vercorsnon plus

Résultat : 49 / 100

Résultat honnête… à un livre de la moyenne…

Il faut que je lise Zola !

au suivant…

Trop de boulot, pas le temps de me poser, je lis au ralenti…
Critiques en attente d’être publiées :
- le Rapport Brodeck
- Le mec de la tombe d’à côté
- De la part de la princesse morte
- Seul le silence
- Les coeurs détruits (même pas fini)
D’ici mi-octobre ça devrait aller mieux… Croisons les doigts…

danseuse mao“Le président Mao est au cœur de l’enquête de l’inspecteur Chen. La petite-fille de sa partenaire de danse est soupçonnée d’être en possession d’un souvenir du Grand Timonier. Le secrétaire du Parti Li veut étouffer l’affaire, et l’inspecteur Chen est amené à infiltrer les réseaux nostalgiques des années 1930, allant jusqu’à fouiller l’ancienne chambre de Mao dans la Cité interdite.”

Entre Shanghai et Pékin, entre le passé et le présent, on suit l’inspecteur principal Chen sur les traces de Mao.

C’est une immersion en Chine contemporaine, écartelée entre le communisme et le capitalisme, meurtrie par la Révolution Culturelle, tiraillée entre le souvenir hantant de Mao et une clairvoyance grandissante.

Ce livre m’a surtout emballée pour la découverte de la Chine. C’est un voyage dans un pays méconnu (pour ma part du moins) où j’ai appris quantité de choses. L’enquête de l’inspecteur principal Chen nous emmène dans les gargotes de Shanghaï déguster des “poissons vivants écaillés”, dans la chambre de Mao au coeur de la Cité Interdite ou dans des soirées nostalgiques des années 30 où le communisme n’était pas encore présent et avant la Révolution Culturelle qui a fait tant de mal.

On découvre l’homme Mao derrière le mythe : ses frasques sentimentales, sa paranoïa, son amour de la poésie… Un homme qui, 30 ans après sa mort, reste toujours aussi présent dans la vie quotidienne chinoise : entre la Sécurité Intérieure dont la mission est de maintenir sa réputation intacte (par tous les moyens) et les citations de Mao qui parsèment les conversations. On a l’impression que le peuple ne sait pas comment se comporter face au souvenir de Mao : doit-il le détester, ou le vénérer ?

Ensuite, sur le contenu de l’intrigue, je n’ai pas vraiment accroché. L’inspecteur principal Chen m’a plu, et les personnages qui gravitent autour de lui aussi. Mais son enquête m’a laissait de marbre, le dénouement m’a déçu. La plume est fluide et élégante. Ce que je retiendrai de ce livre est l’excursion en terre chinoise.

La danseuse de Mao – Qiu Xiaolong – Points policier

emma bovaryElle s’appelle Emma Bovary et son histoire est célèbre.
Amoureuse de l’amour, elle a vécu d’illusions, trompé son mari et ruiné son ménage. Dans un geste de désespoir, elle se tue en absorbant une forte dose d’arsenic – c’est du moins ce que prétendra Flaubert. Or c’est un fait reconnu que l’arsenic, en une seule prise, n’est presque jamais mortel… Voici ce qui s’est réellement passé : au chevet de la jeune femme, cieux médecins ont été appelés. L’un, le docteur Canivet, relève des traces discrètes de contusions ; l’autre, le professeur Larivière, pourra témoigner des derniers mots chuchotés par Emma : “Assassinée, pas suicidée.” Deux policiers de Rouen sont dépêchés à Yonville afin d’élucider l’affaire.
Et les voilà bientôt nantis de plusieurs suspects possibles : un mari cocufié, un prêteur sur gages, deux femmes de caractère, un cynique libertin, un pharmacien concupiscent… Dans le décor médiocre et petit-bourgeois où Emma suffoquait d’ennui, Philippe Doumenc orchestre une contre-enquête brillante et talentueuse – un vrai et noir roman qui nous révèle enfin ce que Flaubert lui-même feignait d’ignorer.

Dès les premières lignes, on retrouve la Normandie du 19e siècle. On prend le chemin de Yonville avec Rémi, inspecteur de police, pour enquêter sur la mort de Madame Bovary, rendue suspecte par son docteur.
On retrouve avec nostalgie tous les personnages de Flaubert : Rodolfe ce vieux garçon séducteur et désinvolte, Monsieur Bovary ce benêt, aveugle et malgré tout attendrissant par moments, le pharmacien par qui le mal est arrivé, et tous les protagonistes petit-bourgeois responsables de la chute d’Emma.
J’ai lu Mme Bovary il y a quelques années, je n’en ai qu’un souvenir flou. Les images du film avec Isabelle Huppert se superposent à mes souvenirs imaginatifs. Je ne me rappelais plus vraiment des personnages, mais l’histoire restait vivace dans mon esprit.

L’écriture de Philippe Doumenc m’a plu, m’a rappelé Flaubert par moment, sans parvenir à l’égaler. L’atmosphère de “Madame Bovary” est bien retranscrite.
Cette lecture m’a plu, l’histoire derrière l’Histoire. Mais quelque part, c’est surtout Flaubert qui m’a captivé.

Mais naturellement ma pauvre Bovary s’est bien empoisonnée elle-même. Tous ceux qui prétendront le contraire n’ont rien compris à son personnage !… Comment ne pas se suicider si l’on a un peu d’âme et que le sort vous condamne à Yonville” Gustave Flaubert, Correspondance avec George Sand. (introduction du livre de Philippe Doumenc).

Contre-Enquête sur la mort d’Emma Bovary – Philippe Doumenc – Editions Babel

9782253123422Autant vous le dire tout de suite : je suis une fana d’Histoire, de complots et d’enquêtes menées tambour battant… Les mystères et aventures rocambolesques me font frémir… Un squelette dans une armoire, je tombe en pamoison… Partir à la recherche du trésor d’un lord écossais ? Je pose mes vacances et prends mon billet dans l’heure…

Inutile de vous dire que “Intrigue à l’anglaise” (rien que son titre me donne des palpitations) m’a fait de l’oeil sur l’étal de la librairie, et je n’ai pas pu résister à son appel impérieux.
Pénélope, jeune conservatrice du patrimoine, qui rêve d’Egypte et de tombeaux inexplorés, est nommée directrice adjointe au musée de la Tapisserie à Bayeux. Cette fameuse tapisserie illustre l’invasion de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant et semble n’avoir pas donné toute l’histoire… que sont devenus les trois derniers mètres de la tapisserie ? Pénélope est chargée d’une mission secrète : percer le mystère de la tapisserie.
Mission ô combien périlleuse !

J’ai beaucoup aimé Pénélope et son côté Amélie Poulain sans la niaiserie. Elle forme avec Wandrille (un peu de culture : issu du germanique wald, gouverner, et dritt, avisé. 275 personnes en France ont été nommé Wandrille depuis 1900) un couple étonnant, aux antipodes l’un de l’autre.

Le contenu historique est très bien recherché, on apprend beaucoup à la lecture du livre. La tapisserie de Bayeux n’a plus de secret pour moi !
L’histoire se passe fin août 1997, au moment de la mort de Lady Diana. C’est un contexte intéressant, surtout avec toutes les spéculations qu’il y avait eu à l’époque sur sa relation avec Dody Al Fayed (enceinte ou pas ? Mariés ? Quid de sa position dans la famille royale ?), et cela se prête très bien à l’intrigue du roman : l’origine de la création du royaume d’Angleterre.

Néanmoins, bien que le sujet soit sérieux, les personnages sont atypiques, et un peu “barrés”. Wandrille s’essaie à la broderie et y découvre une passion, on rencontre un lord anglais, fou à lier, caché dans son château qui se clame le véritable roi d’Angleterre, on assiste à la bataille reconstituée d’Hastings, organisée par les ancêtres des chevaliers fondateurs de l’Angleterre. ” Hastings, “appréciée des visiteurs depuis 1066″ (…) est ce jour-là la capitale du délire britannique, avec des Français bien partis pour remporter la palme. Les chevaux s’élancent, le galop résonne sous les clameurs. Pénélope en cotte de mailles, les seins bridées, éclate de rire, elle se sent à Hastings comme Fabrice del Dongo à Waterloo.”

Une lecture charmante et piquante ! Pénélope poursuit ses aventures à Versailles dans le tome 2… attendons la sortie poche ;-)
Et n’oubliez pas “C’est Pont-Cardinet, mets ton cache-nez” !

MadeleineVoici le portrait touchant de Madeleine, célibataire bretonne de 40 ans, que nous livre Amanda Sthers dans ce livre.
Je ne connais d’Amanda Sthers que le côté “femme de”, et sa pièce “Le Vieux Juif Blonde”, que je n’ai pas vu mais dont j’ai entendu beaucoup de bien. J’avais envie de découvrir son écriture.

Une écriture saccadée, juste, sans détour, qui va à l’essentiel. Une histoire d’amour glauque, muette.
La seule que Madeleine ait connue.
La vie de Madeleine est triste, aussi brumeuse que sa ville, Brest. Elle ne vit pas, elle subit sa vie. Madeleine évolue dans un autre monde, complément illusoire. Dans sa bulle. Seule. “Madeleine vit désormais une histoire très étrange entre Brandon Bradley et Castellot. Une nuit, même, ils se battent pour elle. Madeleine ne laisse jamais la réalité venir perturber l’ennui qui la protège de la vie, elle ne sait pas comment agir, elle voudrait mettre son coeur en jachère à nouveau“.

Sa rencontre avec Castellot change tout. Scènes de sexe assez crues, qui m’ont parfois dérangées dans leur “glauquicité” et dans la soumission de Madeleine. Un amour qui n’en ai pas vraiment un, mais c’est un homme, qui reste – sans parler certes – chez Madeleine. Un homme brisé qui a besoin d’elle pour se reconstruire.
Une histoire pleine de poésie, où une passion pathétique pour un homme va permettre à une femme de se revéler.

Quelques extraits – j’aime beaucoup le style d’Amanda Sthers :

Parce que Madeleine s’acharne. Parce qu’elle ne fait que cela, toute la journée. Se souvenir et imaginer. Castellot. Castellot. Castellot. Comme un château petit qui fait une indigestion de madeleines. Une pièce montée qui étouffe de beurre, qui craque, plein de miettes. Voilà à quoi ressemble le coeur de Castellot. (…) Et Castellot en crève. Madeleine. Les yeux de Madeleine se ferment sur sa vie.”

Il pleut et elle laisse la pluie couler sur sa joue. Castellot bouleverse sa tête, ses yeux, le souvenirs de son cou qu’elle voudrait baiser à pleine bouche, qu’elle voudrait mordre comme un chien en détresse

Mister Darcy, soyons honnêtes, est le modèle d’idéalisation pour toute austenienne qui se respecte ! Qui n’a pas frémit, à la lecture d’Orgueil et Préjugés, quand il demande Elizabeth en mariage et qu’il est rejeté ? Ou a été au bord de la syncope quand il sort, trempé et majestueux, du lac de Pemperley ?
Mr Darcy est notre fantasme à toutes, ou me trompe-je ?

Alors quand j’ai vu ce livre de chicklit “Me and Mr Darcy“, je ne pouvais pas passer à côté ! Et si… Grâce à une faille dans le continuem temporel fictionnel, je me trouvai propulsée au 19e siècle à Netherfield, aux côtés de mon cher Mr Darcy !
Non ! Je n’ai pas l’imagination débordante et mon but dans la vie n’est pas d’être Thursday Next !

Parlons du livre, laissons Mr Darcy un peu tranquille…
Si vous vous rappelez, j’avais déjà lu un livre d’Alexandra Potter ici. Dans la même veine, un peu de fantastique, beaucoup de gaffes, et l’Amour, sous ses yeux que bien sûr elle ne voit pas. Normal.

Voici le pitch :
darcyAfter a string of disastrous relationships, Emily Albright has had it with modern men.
She’d rather curl up in Pride and Prejudice and step into time where men were honourable and strode across fields in breeches, their damp shirts clinging to their chests. The men she meets are more into pleated trousers, two-timing and internet porn.
So when her best friend invites her to Mexico for a week of margaritas and manhunting, Emily books a guided tour of Jane Austen country instead.
There are no dream men there. The coach is full of pensioners, apart from one Spike Hargreaves, a foul-tempered journalist writing a piece on why most women would love to date Mr Darcy.
But then she walks into a room and finds herself face-to-face with Darcy himself. And every woman’s fantasy suddenly becomes one woman’s reality…

Nous ne sommes pas en présence du prochain prix Pullitzer, vous vous en doutiez ! C’est une histoire de filles, à l’eau de rose et avec violons larmoyants. On n’évite pas les clichés, la lecture est facile, l’intrigue aussi prévisible que les embouteillages un vendredi 31 juillet à 18h00. Sans surprise, l’histoire est copiée sur “Orgueil et Préjugés“… Les rapports entre Emily et Spike sont quasiment identiques à ceux de Darcy et Elisabeth. Mais n’a pas le talent de Jane Austen qui veut. Sa prose me manque, je la retrouverai très prochainement en re(re-re-re)lisant le vrai et l’unique “Orgueil et Préjugés“.
Bref, un livre qui ne doit son charme qu’à Mr Darcy. Et c’est là que l’histoire est intéressante !

Le vrai Mr Darcy, celui du roman, apparaît donc à Emily lors de son voyage en Angleterre et débute entre eux une relation amour-micale (nouveau mot de mon cru). Des chevauchées au clair de lune en passant par le pique-nique improvisé, Mr Darcy fait une cour irréprochable à la jeune fille.
Mr Darcy, dans sa campagne anglaise, en favoris et chapeau haut-de-forme, est passionné, impérial et divin. Mais n’oublions pas, tout de même, qu’il est arrogant et fier. Parfois. Il n’a pas le sens de l’humour. On pourrait aussi dire qu’il est guindé (un peu). Non ne me frappez pas : moi aussi j’aime Mr Darcy mais on ne peut pas dire que ce soit le luron de service !
Du coup, sous le regard d’Emily, il perd un peu de sa superbe. L’Américaine indépendante aime qu’on lui tienne la porte, mais préfère pique-niquer sans couverts (how shocking !). Elle aime le regard ténébreux et ardent de Mr Darcy. Au début. Avant qu’il la scrute, sans mot dire, pendant de longues minutes. Emily aime bien rire aussi, taquiner ses amis. Mais on voit mal Mr Darcy en rigoler.
Finalement, on se dit que Mr Darcy doit rester ce qu’il est : un sublime héros de littérature. Laissons le, bien au chaud dans son livre, où il est comme un poisson dans l’eau !
Je vais de ce pas regarder la version BBC de Pride and Prejudice.

Mon père, grand amateur de polars sombres et à l’humour noir, m’a conseillé ce livre. En général, cela suffit pour que j’ai un bon a priori et me lance tête baissée dans l’histoire.

Fakir

« On ne sortait des Suicides qu’à la retraite, par démission, via une dépression ou en finissant soi-même avec son are de service dans la bouche. De ces options, toutes étaient souhaitées à Guérin, dans un ordre variable. Mais celle que personne n’avait envisagée était qu’il s’y sente comme un poisson dans l’eau. C’était arrivé. Résultat, le lieutenant Guérin flanqué de son stagiaire, Lambert — avait ajouté à la haine de ses collègues la répulsion viscérale qu’inspirent les pervers, lorsque, plongeant dans ce qui répugne à tous, ils semblent s’y régaler. » Ailleurs en France, au bord d’une rivière, John Nichols, un Franco-Américain installé dans un tipi, est convoqué à la gendarmerie de Saint-Céré. Là, on lui apprend la mort de son ami américain, Alan Mustgrave, intervenue alors qu’il s’écorchait en direct sur une scène du Paris underground, fort cotée pour ses spectacles sado-maso.

 

Ce fut le cas ici… Un inspecteur banni aux Suicides, des tensions au sein de la police, un fakir qui meurt sur scène, un américain perdu dans le Lot qui vit dans son tipi… C’est original, voilà de quoi faire un bon roman.
L’intrigue en elle-même est bien ficelée. Deux histoires se recoupent : celle de l’inspecteur Guérin aux suicides, et celle du fakir. Le rythme est haletant, on ne s’ennuie pas une seconde.

Les personnages sont vraiment atypiques, complexes et tout sauf conventionnels. Ils sont décalés mais attachants. L’inspecteur Guérin est au ban de la police, suite à une sombre affaire non résolue. Ce personnage est vraiment intéressant – sombre, paumé, intelligent et névrosé.

Néanmoins, c’est flou. Flou parce que l’auteur se perd dans ses histoires. Flou parce que confus (trop de scènes inutiles, qui ne servent pas l’histoire, sauf pour apporter un brin d’érotime, ou un suicide vraiment spectaculaire). Flou parce que improbable (j’ai entendu dire que Vargas c’était un peu Alice au Pays de la Police, ici c’est le contraire : les personnages sont trop torturés pour être réels).

Ou alors je suis trop naïve.

Une suite serait-elle présagée ? Le mystère du trio toujours présent sur des scènes de suicide reste entier. La théorie est intéressante. Antonin Varenne ne peut en rester là !
Lirais-je la suite ? Peut être… Pour ôter cette impression de flou.

 

Antonin Varenne – Fakir – Editions Viviane Hamy – avril 2009

Je viens de finir “The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society” de Mary-Ann Schaffer et Annie Barrows.
Madame Charlotte n’a pas pu le finir (billet ici), je l’ai dévoré.

guernsey

Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet de roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un inconnu, natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil des lettres qu’elle échange avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis : un étrange club de lecture inventé pour tromper l’occupant allemand, le “Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates”.

Ces échanges épistolaires sont vraiment poignants. On découvre le quotidien des habitants de Guernsey, au lendemain de la guerre. Île abandonnée aux Nazis pendant la guerre, île fière qui a abrité la rébellion de notre cher Victor Hugo.
Dans leurs lettres, ses habitants racontent l’occupation et les tickets de rationnement. On entend la douleur d’une île qui a vécu sous l’Occupation, qui a côtoyé de près les nazis et qui en garde les stigmates. Avec simplicité et souvent avec humour, ils racontent les pires tourments de la guerre.
On découvre aussi comment, pour apporter de la gaieté à leur existence, ils ont créé la société littéraire d’amateurs des épluchures de patates. L’amour de la littérature pour certains, une ruse pour tromper l’ennui pour d’autres, chacun trouve un exutoire dans cette société littéraire.
Les personnages sont fantasques, incongrus : entre la liseuse des bosses de têtes (?!) et le faux lord alcoolique, on découvre des personnalités vraiment attendrissantes, avec une profondeur qu’on ne soupçonne par au premier abord, vestige de la guerre.

Juliet puise dans ces histoires son inspiration pour son nouveau roman, et c’est tout naturellement qu’elle rejoint ses nouveaux amis pour écrire ce livre. Accueillie à bras ouvert, comme l’enfant prodigue de retour au pays, elle s’épanouit aux côtés de ces nouveaux amis, loin des fastes londoniens, où l’on danse et boit pour se prouver qu’on existe. Encore. Toujours.

Un livre poignant et drôle. Un vrai coup de coeur !